anonymous – Photo CC byncnd the|G|™
Des milliers d’attaques ont atteint des sites israéliens depuis la semaine dernière. Elles ne viennent pas de Gaza mais de partout dans le monde. Les Anonymous, le collectif informel d’hacktivistes, ont lancé une opération intitulée #OpIsrael pour protester contre le déclenchement d’une offensive israélienne sur la bande de Gaza.
Pas de quoi faire trembler l’État hébreu, modère The New York Times sur son blog dédiée aux technologies Bits :
Cette campagne est l’équivalent numérique de tags sur une entreprise ; ce sont des nuisances onéreuses, mais les bases de données seront finalement rétablies, les messages retirés et les sites de retour en ligne.
Et de citer des exemples français : les piratages d’origine turque, lors du vote à l’Assemblée, de la loi sur la reconnaissance des génocides, l’attaque contre le site de Charlie Hebdo après la publication des caricatures de Mohamed, ou encore les fuites (“leaks”) de travaux du Groupe d’experts sur le climat (le GIEC). Des attaques – souvent contre des sites institutionnels donc – qui ne “[l']empêchent pas de dormir”, sauf si elles s’intègrent dans une stratégie plus sophistiquée.
Qu’ont fait les Anonymous ? À leur habitude, ils ont d’abord posté une vidéo de ladite contre-attaque (#OpIsrael). Respectant les règles du genre, une voix métallique accuse le gouvernement israélien d’avoir coupé l’accès à Internet de ses habitants et de ceux des pays voisins, et d’infliger de mauvais traitements aux Palestiniens.
Ils avertissent :
Israël, il est dans votre intérêt de mettre fin à toute opération militaire sans quoi les conséquences empireront à chaque heure qui passe. (…) Nous appelons les Anonymous à pirater, défacer, dérober des documents, faire fuiter des bases de données, prendre le contrôle (…).
Les autorités israéliennes n’ayant – étrangement – pas modifié leur plan d’un iota, les Anonymous ont mis leurs menaces à exécution. Quelques 44 millions d’attaques ont visé des sites officiels pendant les deux premiers jours selon le gouvernement qui a précisé qu’une seule cible aurait été inaccessible pendant une dizaine de minutes.
Contre-propagande d’Israël dans une guerre où l’information (et les réseaux) jouent plus que jamais un rôle clef ? Les actions d’Anonymes relèvent souvent de la protestation plus que de l’action directe et/ou radicale. Les attaques par déni de service s’apparentent à des “sittings” non-déclarés, des manifestations pour empêcher d’accéder à un site, en dur ou en HTML.
Les actions les plus sérieuses viennent d’ailleurs, estime l’article de Bits :
C’est une autre histoire avec les [cyber] attaques d’Iran et de Gaza.
Les mois derniers n’ont pas manqué d’épisodes plus complexes que des attaques par déni de service. Bits rappelle l’existence de “Mahdi”, un logiciel malveillant découvert en juillet dernier. Il aurait infecté des infrastructures vitales d’entreprises israéliennes. Comme toujours, l’attribution de la cyberattaque n’a été établie qu’à travers un faisceau d’indices (langue d’écriture, nom de certaines commandes…).
Dans un épisode plus récent, la police israélienne a dû débrancher son réseau après la découverte dans leurs ordinateurs d’un logiciel de contrôle à distance, installé clandestinement. Certains chercheurs ont incriminé des serveurs installés à Gaza.
Depuis 2005, l’Autorité palestinienne travaille à la numérisation de son administration. Aidé par les organisations internationales et certains gouvernements, le ministère des Télécommunications chapeaute un des dispositifs de gouvernement numérique (e-gov) et d’Open Data les plus ambitieux du monde arabe. Aussi bien dans ses objectifs que dans les freins qui s’opposent à sa réalisation.
Invitée pour la réunion de la commission Moyen-Orient—Afrique du Nord de l’OCDE, la ministre des Télécommunications, Dr Safa Nasser Eldin, a accordé une interview à Owni pour détailler la genèse et les développements d’un projet qui, dans les coursives techniques de Ramallah, a survécu aux secousses politiques et guerrières de Gaza et de la Cisjordanie. Ancienne conseillère en charge des services infrastructure, interopératibilité, sécurité et législation des services de e-government de l’autorité, elle travaille désormais à rendre accessible à tous les citoyens palestiniens les services et données publics, via une architecture ouverte et décentralisée.
Au départ, notre projet portait seulement sur du e-government. Nous souhaitions mettre en place du partage de données. Avec l’aide de l’OCDE, nous avons pu prendre contact avec d’autres partenaires pour affiner notre projet : en 2011, douze représentants de l’Autorité palestinienne se sont rendus en Italie pour mieux comprendre le principe de l’opengov et le travail à réaliser pour le mettre en place.
Nous avons travaillé avec le e-government estonien sur l’architecture de notre système. E-Estonia dispose d’une colonne vertébrale (backbone) décentralisée nommée x-Road autour de laquelle sont articulés tous les dispositifs de gouvernance numérique : partage de données, e-administration, sécurité informatique… Nous avons élaboré avec eux le Palestinian x-Road sur lequel repose notre propre système. Il s’agissait de la première phase de notre projet. Nous avons depuis commencé a travaillé sur la sécurité informatique, en envoyant certains membres de notre équipe se former là-bas. Et, aujourd’hui, nous passons à l’intégration des services en ligne.
L’e-government ne se décrète pas, c’est un processus lent. Nous avons commencé par former des gens dans chaque administration et inviter chaque ministre à disposer de son propre site et de partager autant de données que possible. Il y a eu une vraie réticence sur les données. Pour les sites, le ministère des Télécommunications se charge de l’hébergement, de l’acquisition des noms de domaine et du développement… Au départ, nous avons fait une étude pour chaque administration, que nous leur avons soumise avec des suggestions. Par la suite, une fois mise en place la structure, chacun gère la création des e-mails et la mise en ligne des données ainsi que des formulaires administratifs.
Nous avons pu alléger de nombreuses démarches administratives. Le principal problème en Palestine, c’est la circulation. Avant l’e-gov, obtenir un permis de conduire nécessitait de se présenter chez le médecin, au ministère de l’Intérieur, à celui du Transport… ce simple papier pouvait prendre des mois à faire ! Avec l’e-gov, nous avons réussi à centraliser tout sur le site du ministère des Transports, qui est lui-même en contact avec le ministère de l’Intérieur. Résultat, la demande et la délivrance du permis peuvent être faits en une seule journée. Idem pour les passeports. Même si c’est moins populaire, nous avons également pu réaliser un système de paiement des amendes par Internet, là encore en connectant les différents ministères concernés. Au ministère des Télécommunications, nous assurons également un suivi téléphonique des plaintes : si vous déposez une réclamation à propos d’un opérateur téléphonique, vous pouvez vous connecter sur notre site et récupérer un numéro de téléphone où vous serez informé de l’état d’avancement de la requête.
Nous étudions actuellement les modalités par lesquels nous pouvons aider les membres du gouvernement à communiquer ensemble, en se basant sur l’esprit des réseaux sociaux. Pour inciter les fonctionnaires à partager, il faut d’abord qu’ils partagent entre eux. Nous cherchons donc des moyens pour faciliter la prise de contact entre les fonctionnaires avec des formulaires de contact et des liens pour qu’ils puissent se joindre directement par chat, mail ou Skype. À l’extérieur, nous avons obtenu de la plupart des ministres aient des pages Facebook. Certains ministères disposent même de deux pages : l’une à destination du public et l’autre à destination des fonctionnaires.
Nous travaillons sur un dispositif de concertation publique. Pour certains projets, nous envisageons de mettre le dossier législatif à disposition sur notre site Internet et d’appeler par mail des groupes d’intérêts ou des individus à se prononcer, avec l’idée de publier les contributions sur le site et de les transformer en amendements une fois validés.
L’une de nos principales difficultés, c’est le secteur des télécommunications lui-même. Nous ne pouvons pas investir dans davantage d’infrastructures et l’équipement que nous souhaitons importer pour améliorer notre réseau est bloqué par Israël. Sur le plan des fréquences, nous sommes également bloqués : nous ne disposons que d’une fraction de bande passante en 2G et pas du tout de 3G. Tout cela complique terriblement nos tentatives de communications par Internet.
La plupart des ministères couvrent leurs propres frais, ainsi que certaines villes, mais certains ont des accords. Nous avons obtenu quelques financements de l’US Aid, tandis que l’Intérieur a noué des accords avec une ONG allemande. Pour la coopération avec l’Estonie, les Estoniens eux-même ont financé une partie du projet.
Notre principale préoccupation désormais, c’est d’utiliser l’e-gov pour les services publics. Avec la plupart des administrations centralisées à Ramallah, nous souhaitons mettre en place un système de “one-stop-shop“ en nous appuyant sur le réseau des bureaux de poste à travers la Cisjordanie et Gaza. L’idée serait de permettre aux citoyens palestiniens de pouvoir mener leurs démarches depuis un point de contact unique. Nous préparons une “e transaction law” afin de créer un cadre juridique à l’action de l’e-government. Enfin, nous continuons de travailler avec l’Estonie sur les questions de cybersécurité, avec pour objectif la mise en place d’une Computer Respond Team, qui puisse prendre en charge la lutte contre les cyberattaques dont nous sommes l’objet. Pour garantir la bonne marche de l’e-government, c’est devenu une priorité.
Pour sa première interview sur RT, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a choisi un invité inattendu : Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, en visio-conférence depuis un endroit tenu secret au Liban (à son habitude). Aujourd’hui l’une des principales forces politiques libanaises, le “parti d’Allah”, chiite, est classé parmi les organisations terroristes de plusieurs pays occidentaux, mais pas dans l’Union européenne.
En guise de préambule et en forme de justification, Julian Assange a d’ailleurs précisé la participation du Hezbollah au gouvernement libanais actuel. Et en guise de conclusion, Assange a interrogé Nasrallah sur le combat contre les hégémons, à Washington ou dans les croyances religieuses.
Depuis 2006 et le dernier conflit contre Israël, Nasrallah n’avait donné aucune interview et n’était apparu publiquement qu’à de rares occasions. Assange ne cache pas son enthousiasme de recevoir celui qu’il appelle à plusieurs reprises par son titre “seyyed” :
Il est l’une des personnalités les plus extraordinaires du Moyen-Orient. (…) Je veux savoir pourquoi il est qualifié de combattant de la liberté par des millions de personnes et en même temps de terroriste par des millions d’autres.
Interrogé sur la position du Hezbollah sur Israël, Nasrallah a rappelé que “l’occupation de la Palestine demeurait illégale” et que la seule issue est un État unique. “Le but [des attaques de roquettes] est de créer une sorte d’équilibre de la dissuasion pour éviter qu’Israël tue des civils libanais” a-t-il ajouté.
Hassan Nasrallah s’est aussi expliqué sur le contenu d’un télégramme diplomatique de l’ambassade américaine à Beyrouth rendu public par WikiLeaks. Le diplomate rapportait que Nasrallah était choqué par le comportement de certains membres du parti d’Allah, ce qu’il a contesté :
Ce qu’ils ont dit sur cette affaire est incorrecte. Ce sont des rumeurs qu’ils ont répandues pour discréditer le Hezbollah et altérer son image.
Hassan Nasrallah tente quand même de se justifier, en évoquant un phénomène très limité, lié aux changements de la structure militante du parti.
Sur la Syrie, fidèle allié du Hezbollah, Nasrallah a invoqué le principe de non-ingérence pour justifier son inaction :
Nous appelons au dialogue et aux réformes. L’alternative est de précipiter la Syrie dans la guerre civile et c’est précisément ce que veulent les États-Unis et Israël.
Pressé par Assange de préciser quand il comptait faire plus, Nasrallah a invoqué des tentatives de médiation passées, soulignant “que le Président Assad était très désireux de conduire des réformes radicales et importantes”. Et rejetant la faute sur une opposition qui “a rejeté le dialogue”, “n’était pas préparée à les accepter mais cherchait simplement à obtenir le renversement du régime. C’est ça le problème.”
Pour enfoncer le clou, Nasrallah a affirmé que “les groupes armés syriens ont aussi tué de nombreux civils” et reçoivent le soutien financier et des livraisons d’armes de “pays arabes et pays non-arabes”.
Le fondateur de WikiLeaks a poursuivi sur ses sujets fétiches : la liberté d’expression bafouée aux Etats-Unis et la sécurité informatique. Nasrallah a raconté comment “la simplicité peut vaincre la complexité” ou comment l’argot des villages utilisés par les militants se révèle être le meilleur chiffrement, mais “ça ne sera pas d’une grande aide pour WikiLeaks” a-t-il conclu dans un éclat de rire complice partagé par Assange.
La vidéo, mise en ligne sur la page d’Assange sur RT, est proposée au format payant sur YouTube. Le transcript de la conversation est lui disponible sur le site de la boite de production londonienne, Journeyman Pictures.
Aujourd’hui, avec ses 500 millions de membres revendiqués, l’entreprise fondée par Mark Zuckerberg est de loin le plus gros annuaire mondial. Ses membres y documentent leur vie sans relâche, formant un gigantesque amas de données et d’informations en perpétuelle actualisation.
Dès l’apparition d’Internet, les services de renseignement du monde entier – d’espionnage comme de contre-espionnage – se sont emparés de ce nouvel outil de communication et d’information. L’arrivée du web 2.0 « communautaire » il y a une demi douzaine d’années a-t-il renouvelé leur approche du renseignement sur la toile ?
« Les sites et les réseaux sociaux sont utilisés comme les réseaux sociaux ‘physiques’ : un réseau social électronique est d’abord un réseau social », explique le journaliste Jean Guisnel, auteur de Guerres dans le cyberespace, Services secrets et Internet. Il nuance cependant son propos :
les réseaux sociaux électroniques présentent des caractéristiques déterminantes. Les internautes y mettent tout : leur vie personnelle, leur CV, leur amis… Ces informations étaient très difficiles à recueillir par le passé. Il fallait du temps, de l’énergie et des moyens. Aujourd’hui, ce travail est facilité par les citoyens, qui ne mesurent pas les conséquence de ce qu’ils font.
Ainsi, au mois d’août dernier, l’Electronic Frontier Foundation (EFF), une organisation américaine de défense des internautes, s’est procuré des documents émanant de diverses administrations des États- Unis. Parmi ces documents, un manuel pour les agents du FBI mentionne l’existence de comptes secrets sur Facebook pour récolter des informations.
La CIA n’est pas en reste. En 2005, l’agence a lancé l’Open Source Center, un portail qui compile et analyse les données présentes sur les blogs, les forums et les réseaux sociaux.
Les grandes puissances diplomatiques ont été incapables de pressentir le formidable soulèvement des peuples arabes et s’interrogent depuis sur les raisons d’une telle cécité. Et si une partie de la réponse était à chercher sur Facebook ? À voir le rôle fondamental joué par ce réseau social dans l’éveil politique de la jeunesse égyptienne et tunisienne, on peut se demander si les services de renseignement y prêtaient suffisamment attention.
Le mea culpa a déjà commencé. Fin janvier, le directeur du cabinet de David Cameron a enjoint les services de renseignement a suivre de beaucoup plus près ce qui se tramait sur les réseaux sociaux : « avec l’utilisation d’Internet, la façon dont les mouvements de protestation se développent, c’est un monde totalement différent, a-t-il déclaré. Nous devons être beaucoup plus proches de ce monde là. »
Même son de cloche du côté israélien. Ronan Bergman, un expert des services secrets de l’État hébreu, a expliqué en avril 2010 à la BBC que surveiller les réseaux sociaux était le minimum de la part d’un service de renseignement : « Israël utilise l’énorme quantité d’informations personnelles mise en ligne pour identifier les gens qui peuvent [l'] aider ». Selon le quotidien panarabe Aschark Al-Awsat, Israël aurait déjà utilisé Facebook pour collecter des informations de la bande de Gaza et pour y recruter des informateurs.
A contrario, Facebook constitue une menace grandissante pour leurs homologues de l’intérieur, les services de contre-espionnage. De plus en plus d’individus possédant des informations stratégiques – cadres de grandes entreprises, scientifiques, soldats – utilisent Facebook de manière intensive. Cette nouvelle vulnérabilité inquiète le privé comme le public.
« Les grands groupes dont les salariés sont présents sur les réseaux sociaux sont autant de point faibles potentiels pour forcer une rencontre, créer des liens et soutirer des informations », précise Laurence Ifrah, criminologue spécialiste des cyberconflits et du renseignement sur Internet. « Ces dernières années, les terroristes islamistes utilisent de plus en plus Facebook », peut-on lire au détour d’un rapport déclassifié du département de la sécurité intérieure américain consacré au terrorisme et aux réseaux sociaux.
Israël ferait partie des premières victimes. Le Hezbollah aurait déjà obtenu des révélations de militaires israéliens en utilisant Facebook. Plus de 200 soldats et cadres de l’armée, piégés par un faux profil féminin aguicheur et particulièrement amical, ont communiqué des noms de soldats, du jargon militaire, des codes secrets et des descriptions détaillées des bases militaires.
Shin Bet, le service de contre-espionnage israélien, avait sonné l’alarme en 2009 : « Nous avons reçu de plus en plus de rapports selon lesquels des éléments terroristes utilisent Facebook pour contacter des Israéliens et leur proposer de fournir des informations classifiées. »
Un service secret qui fonctionne bien est un service secret dont on n’entend jamais parler. De l’immense champ de bataille pour le renseignement qui s’est ouvert sur Facebook, on n’entend que les très lointains échos. On devine pourtant que le renseignement, qu’il soit offensif ou défensif, a déjà intégré la nouvelle du web 2.0. Et la dynamique n’est pas près de s’arrêter. Pour Jean Guisnel « aucun de nos échanges dans le cyberespace n’est secret. Rien. Zéro ». Vous aurez été prévenus.
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Chez OWNI, on est curieux, alors on a regardé de plus près les comptes Twitter associés à des noms de pays, sur le même modèle que twitter.com/israel.
Et les résultats sont parfois surprenants.
Si les Nations unies reconnaissent peut-être 193 pays, Twitter ne fait pas preuve d’autant de diligence, puisque plus de 20% des États testés sont suspendus. On pourrait présumer qu’ils enfreignent les règles d’utilisation de Twitter – qui interdit l’usurpation d’identité et les usages malveillants -, mais on est alors en droit de se demander pourquoi @Alqaeda ou @KimJongIl (deux avatars pour la gloire du LOL) continuent de gazouiller librement.
Parmi les bannis, on recense des pays particulièrement sensibles, comme l’Afghanistan, l’Irak ou le Pakistan, mais aussi l’Afrique du Sud, l’Argentine, la Belgique (en français), la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, Cuba, l’Équateur, l’Érythrée, l’Éthiopie, la France, le Guatemala, l’Italie, Monaco, le Libéria, la Norvège, le Panama, le Paraguay, les Pays-Bas, le Pérou, la Pologne, le Rwanda, le Salvador, Singapour, la Turquie, l’Ukraine, l’Uruguay, le Venezuela et le Vietnam.
Dans cette catégorie, on retrouve tous les petits malins qui ont décidé d’occuper des adresses à alias officiel pour mieux les revendre par la suite. Pas sûr que les propriétaires de @Kazakhstan et @Kyrgyzstan deviennent des rois du pétrole en Asie centrale, mais il en va différemment pour ceux qui ont mis de côté le Canada, l’Inde, le Japon ou la Chine (qui appartient à une certaine Laura, probablement dépêchée par le perfide ennemi américain).
Le Vatican récite la Bible, le Timor oriental vend du Viagra (pour mieux booster ses guérilleros ?), l’Allemagne appartient à une fan de mangas vénézuelienne, le Cap Vert a “besoin d’amis”, l’Égypte affiche la couleur, le SAV de Djibouti est déficient, le Botswana est en Australie (les mystères de la géographie…), le Bulgarie cherche une copie du Petit Prince… Mais la palme revient à la Russie et aux États-Unis, Continents numériques à la dérive, en quête d’audience et d’attention. Avec deux tweets au compteur de chaque côté, on peut même retranscrire un échange improbable, digne des plus grands moments de détente de la Guerre froide:
États-Unis : Salut.
Russie : Je dors dans ce stupide labo informatique. Ne m’ennuie pas.
États-Unis : Je m’ennuie tellement.
Russie : (criant) Mec, qu’est-ce que tu fous ?
Si vous vouliez subitement capitaliser sur le dos de pays pas encore totalement raccordés à Internet, il reste encore quelques affaires à saisir : on vous conseille le Soudan et la Bosnie-Herzégovine. Pour le meilleur et pour le pire.
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Image CC Flickr tashmahal
]]>L’album de photos posté sur Facebook sous le titre “À l’armée – les meilleurs jours de ma vie” par l’ex-soldate israélienne Eden Abergil fait scandale depuis qu’il a été révélé il y a une semaine. Il contenait des photos de la soldate posant, tout sourire, en compagnie de prisonniers palestiniens menottés et les yeux bandés.
L’album de photos était visible par tous jusqu’à ce que E. Abergil change ses paramètres de confidentialité Facebook après l’éclatement du scandale. L’affaire, qui a défrayé la chronique à travers le monde, a soulevé la colère sur les blogs de la région et à l’international ainsi que sur Twitter.
L’album ne se contentait pas d’aligner des photos de prisonniers, avec la soldate au premier plan, il était aussi assorti de commentaires facétieux. Le blogueur jordano-palestinien Haitham Sabbah, de Sabbah Report, a traduit certains de ces commentaires:
Jeudi Abergil a répliqué à la controverse en disant qu’elle ne voyait pas ce qu’il y avait de mal à ces photos. Selon ses mots :
“Il n’y a dans ces photos ni violence ni intention d’humilier qui que ce soit. Je me suis juste fait prendre en photos avec eux à l’arrière-plan. Je l’ai fait par amusement, pour garder un souvenir. Ce n’était pas une déclaration politique ou d’aucune sorte. C’était pour avoir un souvenir de ma vie à l’armée et c’est tout.”
Depuis le tapage autour des photos continue. L’armée israélienne a dénoncé le comportement d’Abergil, en insistant sur le fait qu’elle n’est pas représentative et en soulignant qu’elle est démobilisée depuis un an. Certains, comme Zeinobia sur Egyptian Chronicles estiment que ce n’est rien d’autre qu’un exercice de sauvegarde de photos. Un commentaire au billet de Zenobia souligne cependant que, contrairement à ce que croient beaucoup de blogueurs, Abergil a été autant condamnée en Israël qu’ailleurs :
Quelles que soient les déclarations officielles de l’armée israélienne et les mesures à prendre contre Eden Abergil, la majorité des commentaires et opinions que les Israéliens ont postés dans leurs médias l’ont désavouée et traitée de divers noms, allant d”idiote’ à @%#*& et ont exigé qu’elle soit sanctionnée.
Tandis qu’Abergil s’est fait remarquer, Sabbah constate en revanche que ces photos ne sont qu’un élément d’un phénomène plus large, et est d’avis que ceci est la norme dans l’armée israélienne :
Toutes ces images parlent d’elles-mêmes et de ce qu’on peut attendre de l’armée israélienne, si ce n’est pire. Les photos de ce genre reflètent les normes admises chez les soldats israéliens aux points de contrôle, et le traitement réservé aux Palestiniens innocents. Cette fille perverse ne vaut pas mieux que tous les soldats israéliens au service de l’occupation de la Palestine. En réalité ces photos des “meilleurs jours de ma vie” ne sont que de pâles souvenirs à côté de ceux, sanglants, qu’ont sur eux d’autres soldats israéliens terroristes
Le blog juif progressiste Mondoweiss publie une opinion similaire, qu’il développe dans son billet Eden Abergil, un produit d’une société aveuglée, où il blâme une société militarisée pour ce genre de conduite, et suggère que pour répréhensible que soit le comportement d’Abergil, il n’en est pas moins banal et elle pourrait le regretter plus tard :
Y a-t-il de quoi être choqué dans les photos de Facebook montrant la soldate israélienne Eden Abergil posant dans des postures espiègles à côté de Palestiniens aux mains liées et yeux bandés ? …
…Pas besoin d’aller en Cisjordanie ou dans une prison israélienne pour s’apercevoir qu’Abergil est un produit typique de la société israélienne complètement militarisée. Il suffit de regarder le documentaire, “Pour voir quand je souris.” Dans le film, qui raconte les histoires poignantes de quatre jeunes femmes qui font leur service militaire, l’un des personnages raconte avoir posé pour une photo à côté d’un Palestinien mort qui avait une érection. Elle souriait d’une oreille à l’autre sur la photo. Cependant, à la fin du film, quand elle est contrainte de regarder la photo pour la première fois depuis deux ans, elle ne reconnaît pas le monstre à son image. Son visage crispé semble demander “Qui étais-je?”
Dimi Reider, qui travaille depuis Israël et les Territoires occupés, sur Dimi’s notes précise :
Abergil n’est ni meilleure ni pire que des milliers d’autres soldats israéliens… Abergil ne devrait en aucun cas servir de bouc émissaire pour tous les excès de l’armée israélienne
Black Iris of Jordan, avoue ne pas comprendre pourquoi les photos ont provoqué un tel tollé,car elles n’ont rien d’unique, et constate dans ce billet :
L’intérêt peut-être… dans cette polémique est justement que les médias internationaux estiment que c’en est une. Dans le contexte de ce conflit, et avec tous les actes de barbarie bien documentés de la force d’occupation israélienne, pourquoi une fille prise en photo à côté de prisonniers attachés a-t-elle autant d’importance ? Je veux essentiellement reformuler la question complètement idiote qu’a publiée Abergil pour sa défense, mais seulement dans le contexte. Une recherche élémentaire sur Google donnera des résultats sans fin des actions israéliennes sur les vies palestiniennes, des images simplement obsédantes. Or c’est ça qui fait ouvrir la bouche à la machine médiatique ? Il serait vraiment intéressant d’analyser à la base pourquoi cela séduit autant les mass média ? Le côté Facebook ? Le côté numérique, viral ? Le flagrant délit ?
Certes, Internet pullule de photos de ce genre, qui ne se trouvent pas seulement par Google mais sont aussi postées sur Facebook, comme on peut le voir ici mis en relief par le blogueur israélien Eyal Niv [en hébreu], sur le billet de Palestinian Pundit intitulé Pommes pourries, hein ?, et sur le groupe Facebook La norme niée par Avi Benayahu, – du nom du porte-parole militaire israélien qui qualifiait d’exceptionnelle la publication de photos de soldats à côté de détenus,- créé par le mouvement militant israélien Briser le silence en réaction à la polémique.
Néanmoins, c’est Abergil elle-même qui a le plus attiré l’attention, avec la création d’une fausse Eden Abergil sur Twitter, un Twibbon parodique, une page Facebook “Aberjil sucks“ (”Aberjil craint“), et un mème internet composé de parodies des photos de l’album d’Abergil, dont beaucoup, comme celle-ci, peuvent être vues sur le blog d’Ido Kenan, Room 404:
Abergil a réagi au mème en lançant une discussion avec l’un des contributeurs : des extraits de la joute, dans laquelle elle ne se ménage nullement peuvent être lus sur Dimi’s notes ici. Tandis que les déclarations faites par Abergil dans cette discussion sont odieuses ( “Dans la guerre il n’y a pas de règles !” “Je hais les Arabes et leur souhaite le pire”, “J’aimerais bien en tuer” ), Dimi nous offre les commentaires suivants sur le sujet :
Je ne crois pas vraiment qu’Abergil soit un monstre. Elle parle et agit comme quelqu’un en zone de conflit, ayant des peurs bien fondées de la violence politique palestinienne, alimentées et amplifiées en paranoïa totale par une société bâtie sur l’idée de la peur existentielle. Des commentaires pareils aux siens sont publiés par centaines chaque jour sur les sites d’actualités israéliens ; et sincèrement, certains des commentaires pro-palestiniens que je glane sur ce blog ces derniers jours ne valent pas mieux ; ce qui est alarmant, ce n’est pas l’originalité d’Abergil, mais sa totale banalité, le fait que la peur abrutissante s’empare de plus en plus de jeunes Israéliens, grignotant le peu d’intolérance qui nous reste devant les abus de pouvoir de l’Etat contre la minorité.
Quant à Abergil, comme je l’ai déjà dit, la vie est longue et on peut espérer qu’elle aura d’autres sentiments dans les années à venir ; je vous conseillerais vivement de regarder “Pour voir si je souris” avant de lui vouloir du mal.
Pendant ce temps, sur The Young Diplomat, le blogueur israélien Ilan Ben Zion soutient l’idée qu’Eden Abergil n’est peut-être qu’une gamine impressionnable, et certes, insensible et écervelée, dans son billet O Aberjil Saint of Silly (Aberjil, sainte patronne des sots) :
L’étonnant (à part l’existence d’un groupe, d’environ 1.500 personnes pour soutenir cette femme), c’est que nul, pas même dans l’armée israélienne, n’ait simplement rejeté sa conduite immorale comme celle d’une gourde immature dont la capacité de prévoyance se limite à ce qu’elle peut montrer sur sa page Facebook pour l’amusement de ses amis. Elle est indubitablement et indéniablement une ignare totale. Ses écrits sur Facebook dénotent un point de vue primitif, bestial (”J’aimerais bien tuer des Arabes– les étriper même”) caractéristique des hooligans du football et des patients abrutis après une lobotomie. Toute la conscience qu’elle a pu posséder a dû être balancée avec ses lobes frontaux…
Il continue sur ce ton cinglant avant de conclure :
Mlle Abergil, j’espère que vous avez appris une leçon : ne mettez pas sur Facebook des photos compromettantes qui donnent de vous — et plus important, de votre pays entier– une mauvaise image, et prenez une minute pour peser les conséquences de vos actes. A tous les autres ici, je voudrais pouvoir dire qu’elle n’est qu’une affaire tout à fait isolée, ce qu’elle n’est pas. Sachez pourtant qu’Eden Abergil n’est pas représentative d’Israël, de l’armée israélienne, ou des Israéliens. Elle est, en réalité, la sainte patronne israélienne du mauvais goût, de la myopie et du manque de tact.
Un commentateur du billet de Dimi’s notes, constate simplement, au vu des photos [en français] :
Ceux qui rient dans ces circonstances ont perdu conscience de ce qu’ils font.
Peut-être, à lire les jugements ci-dessus, n’a-t-elle jamais eu une conscience développée de la réalité de ce qu’elle faisait au départ ? Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : on n’a pas fini d’entendre parler de l’affaire Eden Abergil. Si ses actes sont déplorables, reste à espérer que les projecteurs laissent l’individu pour se tourner vers les questions plus larges qui sont soulevées.
Crédit photo cc FlickR Dunechaser
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Article initialement publié sur GlobalVoices
]]>Un sujet du photographe Joseph Melin, qui est natif de Saint-Amand-Montrond. Vidéo/montage de Simon Pittet.
Pour aller sur son site.
Cliquer ici pour voir la vidéo.
Le bodybuilding, “une sorte de liberté” from Joseph Melin on Vimeo.
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